Voici le texte complet de la prédication du frère Jean-Charles Rigot, dominicain du monastère de Chalais (Isère) du 3 août 2005 : la prière du regard ;
certains passages ont été lus lors de la célébration du 21 décembre au Lycée St Martin.
Certains parmi vous ont peut-être lu ou entendu parler de Harry Potter ! Vous aurez peut-être appris qu’un sixième tome est paru récemment. On y découvre qu’il y a des sorts qui peuvent être
lancés avec la voix et d’autres qui peuvent l’être sans parole. Parmi ces sorts, il y en a qui peuvent servir pour le bien, d’autres pour le mal et certains sont même réputés
impardonnables...
J’entends beaucoup de gens se scandaliser à propos de ces livres. Il ne s’agit finalement de rien de plus que notre expérience quotidienne : une parole peut sortir quelqu’un de la boue où il patauge ou le démolir et un seul regard peut suffire pour sauver et perdre quelqu’un ! Vous en doutez ?
Rappelez-vous le jardin d’Eden ! Après que le serpent aie parlé, « Eve vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir. » (Gn 3,6) De même, la femme de Lot, quittant Sodome, regarda en arrière et se changea en statue de sel. A l’inverse, pour sauver son peuple du péché, Dieu demande à Moïse d’élever un serpent d’airain. Dès lors, ceux qui le regarderont seront sauvés. (Nb 21,9) Nous voyons aussi Jésus poser son regard sur un homme pour l’aimer. Le regard dit beaucoup aussi de la situation de quelqu’un, de son humeur, de son désir, à tel point que l’on peut identifier le regard avec son auteur : sous le regard de Dieu signifie devant Dieu. Regarder n’est donc jamais un acte neutre ! Certains grands scientifiques s’interrogent, d’ailleurs, sur la validité de leur théorie en se demandant si l’acte d’observer ne modifie pas ce qu’ils essayent d’observer. Nous n’en sommes pas tous là. Mais en ce qui nous concerne, regarder transforme celui qui regarde et celui qui est regardé. Les pères du désert, ces premiers moines qui vivaient dans les déserts d’Egypte, de Palestine ou de Syrie, insistaient sur l’humilité du regard, pour garder la pureté du coeur et Jésus lui-même conseillait de s’arracher l’oeil s’il nous entraînait à pécher.
Dans sa quatrième manière de prier, Dominique s’agenouille, il se lève et s’agenouille de nouveau. Il crie vers le Seigneur ou se tient en silence. Mais, en tout cela, « il tenait son regard fixé sur le crucifix », « le considérant avec une incomparable pénétration ». Là, son intelligence pénétrait le ciel et son âme s’abreuvait à la source du coeur du Christ. Ses yeux, lavés alors de toute impureté par les larmes et habitués aux grands espaces de l’Amour divin, savaient discerner le chemin où conduire ceux que Dieu lui avait confiés. Et dans son regard, plein de tendresse, il se faisait tout à tous.
Albus Dumbledore, le directeur de l’école de Harry Potter, lui révèle que la magie la plus puissante est celle de l’amour. Dominique en est un exemple éclatant : « Tout le monde l’aimait, parce qu’il aimait tout le monde. »
frère Jean-Charles Rigot, op